Journal d'opinion MYPY


La sous-rubrique « Journal d’opinion » est un espace offert aux éducateurs et aux jeunes en formation de la Maison Yves Plumey pour leur partage d’opinions sur tel ou tel sujet d’intérêt général. Les visiteurs de ce site Internet, les cybernautes ou mieux les usagers des réseaux de communication numériques y trouveront des pistes d’approfondissement, des réflexions pointues, des idées claires sur la vision africaine de la formation à la vie consacrée dans l’aujourd’hui du monde.

Maison Yves Plumey Yaoundé

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Premier sujet d’approfondissement:
L’image de la jeunesse africaine et les défis majeurs de la formation à la vie consacrée ou à la vie sacerdotale dans le contexte actuel de l’Eglise et du monde.

Opinion Scolastiques | Opinion Educateurs

PARTICIPANTS
Étudiants
Éducateurs
 
 

Opinion Jeunes en formation

Godwin A. IORKYAA
(4ème Théologie - Frère Scolastique omi - Novembre 2013)

Iorkyaa GodwinPhysionomie de jeunesse africaine et avenir de la vie consacrée en Afrique - L’intérêt que nous portons sur le portrait de la jeunesse africaine, en lien avec le devenir de la vie consacrée, est fruit d’une prise de conscience de multiples défis du temps présent à cet égard. Des situations de vices (amoralités) auxquelles sont confrontés et confondus les jeunes aujourd’hui. La société contemporaine avec ses nouvelles réalités – la culture des idéaux contre valeurs – plonge la jeunesse africaine dans une crise de personnalité déplorable. Il s’agit des réalités nouvelles du monde (scientifico-critique) qui détournent et désorientent les jeunes gens de leur destinée, leur vocation primordiale. S’il est donc vrai que la jeunesse est le fruit ou mieux le produit de son milieu socioculturel, de son environnement, nous sommes en plein droit de nous demander, quel type d’homme ‘fabrique’ la société contemporaine africaine avec un tel mélange des valeurs culturelles ?

En fait, la jeunesse africaine, face aux expériences affreuses que la société moderne lui présente, court le péril d’invalidité sociale ("social misfit") et d’être physiquement et psychologiquement mutilée, estropiée pour la vie. Œuvrant dans le même champ social, les jeunes (personnes) consacrés ne sont pas à l’abri de ces réalités contraignantes du temps présent. Certes, la jeunesse est dite l’Afrique de demain, donc l’Eglise africaine de demain. Si l’on s’en tient à cette idée, quel avenir pourrions-nous imaginer de la vie consacrée pour l’Afrique de demain ? La réponse à cet ensemble de questionnements dépend de l’éducation offerte aux jeunes, mais aussi du sens, de l’orientation que ces derniers veulent donner à leur vie. Etant donné que chaque réalité créée et voulue par Dieu a une destinée, une vocation, les jeunes sont tenus par nécessité - au milieu des effervescences des mutations des valeurs socioculturelles du monde actuel – dans une attitude de discernement, à chercher quelle est la volonté de Dieu sur eux moyennant quelques interrogations de sens : pourquoi choisirais-je de faire telle ou telle chose et non une autre ? Pourquoi je veux devenir religieux, par exemple; est-ce pour m’acquérir un titre ou un statut social, ou bien pour me conformer au projet de Dieu ? Est-ce vraiment là ma destinée, la volonté signifiée de Dieu pour moi ? C’est là des considérations essentielles permettant un choix libre et responsable d’une vie religieuse authentique dans l’Afrique de tout temps.

Au regard de ce qui précède, nous pouvons relever comme défis majeurs de la formation à la vie consacrée et à la vie sacerdotale : les conditions de possibilité à discerner et à vérifier les motivations – ce qui amène le sujet à choisir cet état de vie ; la formation des consciences en rapport avec l’idéal de la vie consacrée, afin d’inculquer chez les sujets la personnalité et l’identité des personnes consacrées. Si l’on prend en compte ces aspects, l’on évitera le risque de se tromper dans le choix de l’état de vie consacrée et tout mélange confusionnel des valeurs religieuses aux enchères mondaines. L’on expérimentera ainsi la joie d’être une personne consacrée. D’ailleurs, les statistiques des différentes communautés religieuses et diocèses montrent que, parmi les cas de départ (abandon) de la vie consacrée ou sacerdotale, 90% sont dus à la prise de conscience de l’erreur du choix et/ou du manque de joie profonde de se réaliser dans l’état de vie consacrée. Il en est de même pour les jeunes qui, faute d’instructions doctrinales suffisantes, abandonnent leur foi chrétienne catholique pour d’autres confessions croyantes en quête du sens. Ceci est tributaire d’un manque de jugement véritable dans le choix des alternatives.

A tout prendre, dans le contexte actuel d’un monde en effervescence d’idées, les pédagogues – les formateurs éducateurs sont tenus aux défis de veiller et d’éduquer à la responsabilité, à la personnalité et à l’identité des personnes consacrées, et aux jugements exacts des valeurs humaines, chrétiennes et religieuses. Ceci amènera certainement les jeunes en formation à revérifier et à préciser les motivations premières de leur engagement à la suite du Christ, dans la vie consacrée. Autant d’éléments qui permettront ainsi d’espérer un avenir fructueux de la vie consacrée en Afrique.

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Joseph SADIO
(3ème Théologie - Frère Scolastique omi - Novembre 2013)

Sadio JosephJeunesse Africaine et formation à la vie sacerdotale ou religieuse - L’appel à servir l’Eglise et le monde est un appel adressé à tout baptisé en vue de participer au projet de Dieu qu’est le salut de l’humanité tout entière. En Afrique comme ailleurs, bien des gens ont donné totalement leur vie à Dieu à travers leur consécration. Mais, de nos jours, nous vivons dans un monde en proie aux mutations socioculturelles si bien que marcher, d’une manière radicale, à la suite du Christ ne va plus de soi. Et le continent Africain et sa jeunesse sont marqués par ces mutations multidimensionnelles. Nous vivons ainsi dans une Afrique dont la jeunesse est marquée par  le phénomène de la mondialisation qui ne cesse l’agiter, une jeunesse qui veut marcher au même rythme que les autres, une jeunesse en quête de renouveau. Ces changements font naître un autre type de jeunesse : une jeunesse qui a désormais commencé à apprendre à penser par elle-même et qui n’est plus prête à avaler n’importe quoi (cf. BOULAD Henri, Lettre personnelle au pape Benoît XVI : SOS pour l’Eglise d’aujourd’hui, Graz, le 18 juillet 2007). Ceci nous révèle combien la maturité d’une telle jeunesse donne à penser.

Face à ces multiples mutations, quelle attitude faut-il adopter ? Faut-il s’en alarmer ? Comment dire autrement ce qui a toujours été dit pour susciter un dynamisme nouveau ? L’avenir de l’Eglise en général et de nos Congrégations en particulier dépendra de la réponse à donner à ces questions.

Dans le contexte de la nouvelle évangélisation, ceux à qui l’Eglise a confié la mission de former ont la lourde responsabilité d’être à l’écoute du monde, afin de constater l’évolution que connait le monde d’aujourd’hui. Face à la réalité des choses qui sautent immédiatement aux yeux, peut-on encore jouer à la politique de l’autruche et à enfouir notre tête dans le sable ? C’est l’occasion de parler ici de défis que nous sommes appelés à relever, pour une Eglise capable de répondre aux attentes du monde.

Les défis dont nous voulons parler ici sont liés à la formation. C’est dire que la formation est un point sur lequel il convient d’insister. Il s’agit de voir comment préparer les jeunes africains à vivre la vie sacerdotale ou religieuse. Dans le processus de cette formation, loin d’insister sur les interdits, il vaut mieux mettre l’accent sur la connaissance de Jésus, cet homme de Nazareth tel qu’il a vécu, ses attitudes, sa relation avec la société de son époque. Une telle connaissance a pour finalité le primat de l’amour sur toute autre chose, car il est impossible d’évangéliser le monde sans le connaître et l’aimer au préalable. Si cette profonde connaissance de Jésus est assurée, tout le reste viendra seul, sans faire trop de gymnastique. Il s’agit de conscientiser les jeunes et de les responsabiliser, la finalité étant la maturité et la guérison d’une jeunesse profondément blessée. Aussi, il convient de dire et de répéter aux jeunes africains que Jésus-Christ n’est pas un chef traditionnel, mais plutôt un serviteur, d’où la nécessité de former à l’esprit de service.

En effet, la modernité étant incontournable, la formation à la vie sacerdotale ou à la vie religieuse est aujourd’hui appelée à être orientée à l’innovation, à l’invention d’un nouveau langage qui redise la foi de façon pertinente et signifiante pour l’homme d’aujourd’hui (Ibidem). Aujourd’hui, il faut résolument regarder vers l’avant et non vers l’arrière car le monde évolue à une vitesse de croisière si bien que le consacré est appelé à en prendre conscience et pour proclamer l’Evangile « en termes de position et de proposition » ; autrement notre langage sera « désuet, anachronique, ennuyeux, répétitif, moralisant, totalement inadapté à notre époque » (Ibidem). Il ne s’agit plus de s’accrocher à une manière de faire. Il est grand temps d’assumer les mutations du monde d’aujourd’hui.

Aujourd’hui, nos attitudes de repli sur nous-mêmes et de rejet de tout ce  qui semble être contraire à ce que nous avons l’habitude de faire m’amène à poser la question que voici : Sommes- nous incapables de dire autrement ce qui a toujours été dit ? Avons-nous peur de prendre des risques, de rompre avec une certaine manière de faire ?

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Samuel ENENCHE Ocheka
(2ème Théologie - Frère Scolastique omi - Novembre 2013)

Enenche SamuelReligieux jeunes dans le monde actuel - Dans l’Eglise se trouvent des Hommes et des Femmes appelés ‘‘les consacrés’’, ou encore ‘‘les Religieux’’. Ce sont des personnes qui désirent vivre leur vie chrétienne d’une manière radicale. Elles s’engagent donc dans une sequela Christi particulière, la Vita Consecrata. De nos jours, beaucoup de jeunes (garçons et filles) s’y engagent. De ce fait, on peut dire que la vie religieuse a toujours l’espoir de perdurer dans le temps. Comme toute autre forme ou idéal de vie, elle comporte des exigences. Lorsqu’elles sont bien vécues, ces exigences sont sources de Joie ; dans le cas contraire c’est la tristesse qui s’instale. Encore faut-il souligner que dans le vécu des exigences de la Vita Consecrata, les jeunes qui s’y engagent se heurtent à des défis qu’impose le temps contemporain. Nous nous proposons dans ce petit partage de présenter certains de ces défis et suggérer un moyen de les vaincre.

En effet, notre monde actuel est un monde de consommation, un monde où l’avoir semble emporter sur l’être. Tout le monde, y compris les jeunes, veut être heureux. Tout jeune garçon ou fille songe à un avenir où tout sera à sa portée. Le sens du bonheur est détourné. Nous assistons ainsi à une situation où les jeunes en général se mettent à la recherche du bonheur périssable et relèguent au second plan le Bonheur véritable. Tel est en quelques lignes le visage de notre monde d’aujourd’hui.

C’est donc au milieu d’une société marquée par «la triple concupiscence» (l’avidité des biens, la soif du plaisir et l’idolâtrie du pouvoir (cf. Congrégation pour les instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique, Instruction Repartir du Christ, N°45) que les jeunes s’engageant dans la Vie religieuse sont appelés à témoigner de leur foi chrétienne. Selon la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, cette triple concupiscence est à l’origine des maux présents dans notre monde actuel. Et il nous semble que ce même danger nous guette au sein de la vie consacrée car nous vivons dans le monde. Raison pour laquelle nous assistons malheureusement à des situations où les réclamations des jeunes religieux sont plus d’ordre matériel que spirituel. Dès lors, les ainés se posent la question de savoir si ces jeunes ont vraiment compris le sens de leur engagement à la suite du Christ. Il est donc impératif pour les jeunes religieux de savoir que même s’ils sont dans le monde, ils ne sont néanmoins pas du monde (cf. Jean 17, 14-16). Ils doivent donc mener une vie conforme à leur consécration, afin de rendre crédible leur témoignage. Le témoignage de vie est le plus grand défi auquel les jeunes religieux doivent faire face ; plus particulièrement, ce témoignage auprès de leurs camarades jeunes qui ne sont pas dans la Vita Consecrata. On entend parfois des questions telles que : ‘‘Tu es si jeune, qu’est-ce qui t’a emmené là-bas ?’’, ‘‘Tu ne veux pas avoir ta famille à toi ?’’, ‘‘Tu ne veux pas être libre ?’’. Si l’on n’est pas convaincu de son choix, si l’on n’est pas bien enraciné dans le Christ, ces provocations pourraient avoir des influences négatives sur sa consécration.

Au regard de ce qui précède, une interrogation pourrait surgir : comment vivre sa consécration au milieu de ce monde contemporain ? L’Instruction Repartir du Christ nous propose un moyen : il faut aller à la

redécouverte des valeurs évangéliques de pauvreté, de chasteté et de service. Les personnes consacrées doivent savoir proclamer, par leur vie et par leurs paroles, la beauté de la pauvreté en esprit et de la chasteté du cœur qui les rend libres pour le service de leurs frères, et celle de l’obéissance qui rend durables les fruits de la charité (Ibidem).

Dire autrement, il faut retourner aux sources ; savoir se nourrir de la Parole de Dieu et comme religieux, re)lire régulièrement les Constitutions et Règles de son institut.

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Etienne DEURNOUDJI OMDEL
(1ère Théologie - Frère Scolastique omi - Novembre 2013)

Deurnoudji EtienneLa jeunesse africaine d’aujourd’hui face aux exigences de la formation à la vie consacrée ou sacerdotale - La jeunesse africaine est aujourd’hui comme un villageois embarqué dans un TGV en pleine course dont il ignore la destination. Sans risque de nous tromper, nous pouvons dire que la jeunesse africaine à l’heure actuelle est le fruit de son temps. Car elle se trouve dans une société en pleine mutations culturelles, sociales, technologiques et scientifiques. Ceci étant, cette jeunesse est sans doute influencée, voire modelée dans cette société. Ainsi, quel peut être l’impact de ces différentes mutations qui constituent le bagage de la jeunesse aujourd’hui dans le domaine de la formation religieuse ou sacerdotale à laquelle certains aspirent ?

Partant de notre expérience personnelle, nous voulons dire que notre engagement aujourd’hui à la suite du Christ nous invite à entrer dans un processus de formation. Ce choix exige de nous un détachement ou renoncement face à ce que notre société actuelle nous offre. Dès lors que nous avons choisi nous sommes appelés à nous conformer aux exigences de l’institut auquel nous appartenons dans un esprit de liberté.

Toutefois, nous remarquons qu’il n’est pas toujours aisé pour nous de vivre dans une communauté où on parle de la pauvreté dans une Afrique individualiste qui cherche à sortir de la pauvreté, de l’obéissance dans une société où chacun cherche à s’affirmer et que la notion de supérieur ou formateur n’est pas toujours bien accueillie, de chasteté dans une société aux mœurs dépravées ; une communauté où on parle de la privation des moyens de communication dans une société où la relation devient capitale. Tant d’exigences aujourd’hui sont vues comme révolues par la jeunesse. Or, en réalité, rien de tout cela ne peut être imposé simplement par mépris ou par méchanceté aux sujets qui se présentent dans tel ou tel institut (je crois que c’est après un bon discernement). Personnellement je crois bien que ces exigences sont pour nous un moyen de garder notre liberté face à nos réalités actuelles. On ne peut pas envisager de faire un choix sans accepter les règlements du jeu. Toute école a ses règles, et nous, nous avons choisi celle du Christ qui attend de nous de vrais témoins et prophètes dans notre société actuelle.

En somme, il y a un grand travail de discernement à faire au niveau des instituts religieux. Sans vouloir supprimer les valeurs qui sont liées à la personne du Christ à savoir la chasteté, la pauvreté et l’obéissance, les instituts doivent revoir certaines règles ou exigences afin de les contextualiser et les rendre plus compréhensibles pour la jeunesse d’aujourd’hui. Autrement, les années de formations resteront des moments où on supporte tout en vue de revêtir le « monde » à la sortie. Car, nombreux sont ceux qui ont fini la formation première mais dont le témoignage reste toujours à désirer.

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Rodrique ANDJANGUEDJA
(3ème Philosophie - Frère Scolastique omi - Novembre 2013)

Andjanguedja RodrigueUn contemporain disait que la jeunesse est le fer de lance de la nation ; par ricochet on dirait dans la même mouvance qu’elle est l’avenir et le demain de l’Eglise. On pourrait donc bien s’interroger sur cette jeunesse qui est, me semble-t-il, l’âme et l’histoire de l’avenir du monde. Elle est l’âme et l’histoire du monde dans la  mesure où d’elle dépend la suite du monde ; c’est son agir qui détermine la qualité du monde de demain. Mais alors est-elle consciente de cette lourde et grande responsabilité qui engage tout son Etre  en tant qu’Etre et fait d’elle le décideur. Il nous importe donc de voir en quelques mots l’image de la jeunesse africaine d’aujourd’hui afin de ressortir quelques défis  majeurs de la formation à la vie consacrée dans le contexte actuel de l’église et du monde.

La jeunesse africaine aujourd’hui est presque sans repères du fait que le monde soit devenu un village planétaire, comme l’a si bien souligné René Dumont. Dans ce grand rendez-vous le jeune africain est, nous semble-t-il, à cheval devant deux cultures. Le comble, c’est qu’il est parfois comme perdu parce que ne maitrisant pas sa culture d’Etre africain, comme on dit le plus souvent dans la rue : « je suis né en ville », ne connaissant pas non plus la nouvelle culture qu’il veut embrasser ; il ne se retrouve finalement nul part. De ce point de vue, nous soulignons que la jeunesse africaine est aujourd’hui en quête de modèle sur le plan de l’existence et de l’exister.

Aussi, nous vivons dans un contexte où la personne humaine individuelle est une valeur absolue. On dirait les droits de l’homme sont devenus le fondement du nouvel ordre de la société. Les temps modernes sont venus arracher à l’Eglise sa centralité dans l’ordonnancement du monde. L’homme des sciences devient le prêtre des temps modernes. De ce point de vue, on aboutit nécessairement à la sécularisation et la conséquence du cartésianisme : le relativisme. L’homme tend frénétiquement à la mécanique, comme le souligne Bergson dans les Deux sources de la morale et de la religion. Dans ce contexte, quelles peuvent être les défis de la formation du jeune africain candidat à la vie sacerdotale ?
Beaucoup de défis incombent à la formation du jeune africain qui se présente à la vie religieuse. Mais nous nous limiterons ici à trois groupes majeurs : Personnel, intellectuel et spirituel.

Toute vie bien organisée et entretenue nécessite des exigences et une discipline personnelle de vie. L’homme doit discipliner sa vie selon les exigences de son ministère. Le vécu doit être commode et rythmé par sa profession. Un gardien de nuit sait qu’il doit bien dormir pendant la journée pour exercer efficacement son travail de gardien de nuit. Jésus nous dit : « Heureux le serviteur que le maitre trouvera à son service ».

Sur le plan intellectuel, le jeune religieux d’aujourd’hui est appelé à être cultivé, informé, instruit sur tous les domaines de la vie puisque le religieux est le plus souvent considéré comme celui qui sait tout et il doit également faire  preuve d’une grande maturité intellectuelle. Il est donc important et même urgent de prendre en compte les études philosophiques et théologiques et de les approfondir afin de mieux se tenir, d’enseigner la vérité avec conviction et assurance au peuple de Dieu. Ils devront également approfondir l’étude de la culture humaine en rapport avec l’évolution du monde, particulièrement à notre époque où la mutation est constante et la foi gravement mise en question. Le jeune religieux doit se familiariser avec les textes magistraux, la Bible, les écrits des saints qui inspirent la sainteté.

Sur le plan spirituel, le jeune religieux doit faire preuve d’homme de prière et faire d’elle son arme de combat spirituel. Il doit vivre de manière concrète les fruits de sa prière, de ses méditations et de lecture spirituelle. Il faut se montrer fidèle à sa vocation et vivre les exigences de son choix de vie. La formation doit faire du jeune religieux un homme pleinement humain, chrétien et religieux.

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Fidèle GAMI
(1ère Philosophie - Frère Scolastique omi - Novembre 2013)

Gami FidèleImage de la jeunesse africaine et défis de la formation à la vie consacrée et sacerdotale - Dans un  monde inondé de mutations successivement rapides, il paraît difficile de qualifier de manière précise l’image de la jeunesse africaine, car elle n’en demeure pas à la marge. Il est cependant possible d’émettre un point de vue personnel tout en s’appuyant sur des expériences vécues ou qui se vivent.

Avec un regard panoramique et critique de ce qui se vit par la jeunesse africaine et de ce que les médias en rapportent, il est objectif de dire qu’elle est embarquée et « gobante ».

L’embarquement de cette jeunesse se justifie ou se comprend par le courant de la mondialisation qui s’impose à elle (la jeunesse africaine) et la domine. Elle est comme un morceau de bois que les vagues balancent de tous côtés, que les flots submergent et, à force de s’imbiber d’eau, s’enfonce, du fait de la lourdeur. La plupart des jeunes africains manquent de maîtrise face à « l’opinion », à ce qui relève du populaire, bref, de ce qui vient d’ailleurs. La conception générale est celle de prendre pour vrai et noble ce que l’ensemble ou la majorité admet ou bien tout ce qui est nouveau. Cette situation est bien visible avec les artistes et musiciens qui font confondre bon nombre de jeunes des modes vestimentaires de clips et de décence. D’où le manque de jugement et d’esprit critique ou sélectif.

Face à la nouveauté, à l’opinion, la jeunesse africaine a du mal à se ressaisir, à calmer, mieux, à retenir son appétit. C’est pourquoi elle est « gobante » : tout ce qui s’offre est avalé sans tri. La conséquence est l’indigestion sociale : comportements et attitudes inattendus, parfois surprenants, conduisant ainsi aux troubles de tous genres. Au Cameroun, par exemple, il arrive qu’un jeune se présente à la fois au concours de police, de gendarmerie, de l’Ecole Normale Supérieure, etc. S’il réussit à l’un ou tous ces concours, l’option pour lui est pour celui le plus rentable, sans juger ses compétences ou aptitudes dans le domaine. C’est la fortune qui est visée et non le service.

Cette situation de la jeunesse africaine ne laissera pas la vie des Eglises locales indifférente. Il est urgent pour elles de donner une nouvelle orientation dans le cadre de la formation à la vie consacrée et religieuse des jeunes candidats africains. Question de défis à relever.

Comme défis majeurs de la formation à la vie consacrée et sacerdotale, dans le contexte actuel de l’Eglise et du monde, nous proposons : une formation à la personnalité, pour des hommes et des femmes de caractère sachant faire la part des choses. Nous faisons nôtres ces paroles de Saint Paul aux Philippiens : « Enfin, frères, tout ce qu’il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, d’aimable, d’honorable, tout ce qu’il peut y avoir de bon dans la vertu et la louange humaines, voilà ce qui doit vous préoccuper. » (Philippiens 4, 8) A nous d’ajouter : tout ce qu’il y a de modeste.

Les éléments cités ci-dessus doivent être pris en compte tant par les formateurs (éducateurs) que par les formés. Dans ce contexte, la formation à la vie consacrée et à la vie sacerdotale doit viser en premier l’humain de l’homme, parce que tout homme n’est forcément pas humain. Ce que nous voyons d’anormal dans l’Eglise et dans le monde aujourd’hui est produit par des hommes, mais n’est pas humain. C’est sur cette base que doivent se fonder le « chrétien » et le « religieux ».

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Mirabeau DIATANG
(ITPR 3 - Frère omi - Novembre 2013)

Diatang Mirabeau« La jeunesse est le fer de lance de la nation », disait un président africain. Ceci  se vérifiait par le sens du patriotisme, le goût de l’excellence et l’amour du travail bien fait. Aujourd’hui, vu le changement de comportement, il serait peut-être difficile de compter sur les jeunes pour bâtir le futur. Quel est donc l’image de la jeunesse africaine d’aujourd’hui ? Nous allons donner la réponse avec deux visions différentes. D’abord avec un regard pessimiste puis avec un regard optimiste.

Du point de vu pessimiste, nous pensons que la jeunesse africaine n’a plus d’avenir ou a un avenir sombre. En effet, il y a plusieurs aspects qui entrent en jeu, mais nous voudrions en mentionner deux : la crise d’identité et le « culte de la facilité ». Parlant de la crise d’identité, il est triste de constater que la jeunesse africaine est « noyée » dans la mondialisation sans une base culturelle. C’est ainsi que les dérives liées à la mode font irruption. Au lieu d’exploiter la mondialisation, c’est plutôt l’inverse. La mondialisation serait-elle un lieu de métamorphose plutôt qu’un monde d’échange (donné et recevoir) ?

Le culte de la facilité est devenu une épidémie. Le désir de l’excellence ne hante plus les jeunes. Ils ne dédient pas assez de temps à l’étude, mais ils cherchent à tout prix à  aller d’une classe à une autre. Cette situation est favorisée non seulement par des systèmes politiques et éducatifs de nos pays mais aussi par la prolifération des débits de boisson. Il faut vite avoir de l’argent ! Surtout que ceux qui étudient sont actuellement les plus pauvres de nos sociétés. Toutefois, ce constat n’est pas général car l’exception fait la règle.

Nous notons avec une vision optimiste que certains jeunes africains ont conscience de leur avenir et prennent des mesures nécessaires pour y arriver. Beaucoup de parents ont encore le souci de l’éducation de leurs enfants. Non seulement ils sont inscrits dans des établissements de référence, mais aussi l’éducation familiale est de rigueur. Cette catégorie de jeunes, sur qui l’Afrique peut s’accrocher pour son avenir, a encore le sens du respect, de l’honnêteté et de l’humanité.

Dans ce contexte, le religieux doit assurer son rôle prophétique par un témoignage de vie. Pour y parvenir, sa formation doit être intégrale. Une formation qui le prépare à être au-dessus des réalités de ce monde. Une formation qui l’amène à l’essentiel : la foi en Jésus-Christ.

Nous terminons cette réflexion en disant

Qu’il faudra ensuite faire particulièrement attention à ce que la formation culturelle aille de pair avec son temps, dans un dialogue répondant à la soif de sens de l'homme d'aujourd'hui. C'est pourquoi on demande une plus grande préparation dans le domaine philosophique, théologique, psychopédagogique et une plus profonde orientation vers la vie spirituelle (La Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, Repartir du Christ. Un engagement renouvelé de la vie consacrée au troisième millénaire. N°18).


Opinion Educateurs

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Gaby CRUGNOLA
(Formateur - Père omi - Novembre 2013)

Crugnola GabyLes défis majeurs de la formation à la vie consacrée ou à la vie sacerdotale dans le contexte actuel de l’Eglise et du monde - Je situe les défis pendant la formation première. Je suis formateur au scolasticat Yves Plumey depuis 12 ans.

Cela suppose que le jeune oblat en formation première est conscient qu’il est son « premier formateur », selon la pensée de notre fondateur. Et que moi formateur je l’accompagne et l’éveille à la responsabilité et à la gratuité. Qu’il expérimente qui il est, qu’il connaisse comment il fonctionne et prenne sa vie en main.

L’intériorité suppose l’éducation à  « garder en mémoire » l ‘expérience de la rencontre avec le Christ qui l’appelle et qui l’appellera encore à l’avenir. Ainsi faisait la Vierge Marie. Ainsi faisait Saint Eugène pendant les retraites et tenait son Journal. Il notait les événements qu’il vivait et les personnes qu’il rencontrait, comme les actions miséricordieuses de Dieu qui le façonnait pour l’identifier au Christ.

Elle suppose aussi la lecture quotidienne « priante et méditée » de la Parole de Dieu. Prendre soin que la lecture de la Parole de Dieu soit toujours unie à l’Eucharistie, source de la mission.

Il me semble, que  ces trois éléments de l’intériorité : la responsabilité, l’expérience du Christ et la lecture priante de la Parole peuvent soutenir l’Oblat dans le contexte actuel.

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Louis DIEDHIOU
(Formateur - Père omi - Novembre 2013)

Diedhou LouisParler de la jeunesse d’Afrique  aujourd’hui revêt du parcours du combattant. C’est toucher le problème de l’avenir de l’Afrique. Baignant cette atmosphère morose et subissant la gestion chaotique de nos états par ses hommes politiques, cette jeunesse est fragilisée par l’incertitude du lendemain.

Nous sommes peut-être là face à une jeunesse en quête d’identité, d’image, en quête d’un avenir certain.

Qu’à cela ne tienne, dans une mondialisation, parfois mal discernée, nous pouvons croire tout de même que les jeunes cherchent à tirer leur épingle du jeu, à se battre pour tracer dans le brouillard du temps une piste propice à leur espérance. C’est dire que nous croyons en cette jeunesse, courageuse et patiente. C’est l’image du cultivateur qui scrute l’horizon dans l’attente d’une pluie salvatrice, que nous renvoie cette jeunesse.

Comment la former, former les aspirants à la vie religieuse et sacerdotale ? Quels en sont les défis ?

Aujourd’hui la formation des jeunes à la vie religieuse et sacerdotales pose un certain nombre de problèmes. Comment les former pour qu’ils soient témoins du Christ dans le contexte actuel de l’Eglise et du monde ? Comme le disait le père Simpore dans un article sur la vie consacrée en Afrique au troisième millénaire, parut dans « Pentecôte d’Afrique n° 43 », la formation des jeunes à la vie consacrée nous place face à six défis :

  1. « Le défi de la formation : face à ce monde en effervescence d’idées, de comportements mutants, de modernisme, quelle formation donner pour qu’ils ne perdent pas leur identité ?
  2. Le défi des conseils évangéliques vécus dans la vérité et la liberté.
  3. Le défi de la vie communautaire face à l’individualisme, la multiplication des moyens de communication sociale.
  4. Le défi de la vie communautaire interethnique et internationale.
  5. Le défi de l’inculturation de nos charismes.
  6. Le défi du témoignage. »

D’après le peu d’expérience acquise dans ce domaine, la formation tout en cherchant à incorporer les nouveautés du temps et de l’époque, doit toujours chercher à aller à la racine, à la source de nos charismes pour trouver son équilibre et donner aux jeunes des moyens susceptibles de les faire entrer dans le combat de la nouvelle évangélisation.

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Jean Bosco MUSUMBI
(Formateur - Père omi - Novembre 2013)

Image jeunesse africaine et défis formation religieuse ou sacerdotale - «Je ne sais pas ce que sera ma route dans les prochains jours, elle peut bien s’arrêter net dès le prochain carrefour. Alors, je n’attends plus d’être pressé mais je m’empresse de ne plus attendre». Tels sont Musumbi Jean Boscoles mots d’un compte Facebook (RegenerationJeunesseAfro) qui ont récemment retenu mon attention d’éducateur et que j’interprète à ma manière. Je pense précisément à la jeunesse africaine d’aujourd’hui à la fois meurtrie et pleine d’espérance, celle de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne. Je pense également aux nombreux défis de la formation religieuse ou sacerdotale dans le contexte actuel de l’Eglise et du monde. Puis-je le redire:

La plupart des jeunes de nos sociétés sont sacrifiés, abandonnés à leur triste sort, comme l'ont si bien révélé les enquêtes menées par le Père salésien Frank Ginneberge à Lubumbashi, en 1987 ("Les jeunes africains en quête de leur identité"). L'avenir demeure incertain: avec ou sans diplôme, on chôme.  Les jeunes manifestent un sentiment d'insécurité et d'impuissance. "Au monde d'injustice, de pauvreté et de souffrance s'ajoute la désintégration dans la société et dans la vie familiale (familles incomplètes, divorces, femmes seules avec leurs enfants, prostitution, [sida], malnutrition, conflit des générations)".

Certains jeunes sont paresseux. Ils traînent dans les rues et les carrefours, "affairés sans rien faire", parce qu'ils n'aiment pas assez le travail tant manuel qu'intellectuel. Ils détestent le moindre effort, lisent très peu et étudient moins, car la réussite en classe dépend de l'argent et non forcément de l'intelligence. D'autres encore n'ont pas de "projet de vie" et manquent de sincérité. Ils ignorent ce à quoi ils pourront être utiles demain. Ainsi se nourrissent-ils des relations "oniriques" avec le présent.

Les jeunes  sont en relations conflictuelles avec leurs parents et leurs aînés. La modernité et la perte des croyances traditionnelles ont provoqué la crise de l'autorité. "Les jeunes se trouvent à l'étroit dans les anciens cadres qui freinent ou bloquent leur désir d'épanouissement" (de MEESTER Paul, L'Église d'Afrique hier et aujourd'hui, 1980.). Nombreux sont ceux qui aiment l'aisance, la vie facile et sont incapables de justifier leur foi chrétienne. Ils ont opté pour la loi du moindre effort et ne veulent pas entendre parler de la croix. Ils se laissent facilement acculer par des adeptes de la nouvelle religiosité qui "séduisent par la force de leur conviction, la sincérité de leur enthousiasme, la simplicité de leur doctrine." (VERNETTE J., Jésus dans la nouvelle religiosité, 1987).

Par ailleurs, les jeunes de nos sociétés ont foi en Dieu; une foi plus personnelle malgré la distance croissante vis-à-vis des structures et institutions ecclésiales. Chose évidente, "La Bible a déjà pénétré les foyers et les cases", observe Paul de Meester. Les jeunes ont soif de paix et sont en quête de liberté. Nombreux sont ceux qui s'opposent aux incitations à la violence politicienne pour ne pas être toujours de grands perdants. Ils cherchent un rôle à jouer dans la société et veulent être reconnus comme personnes. Les jeunes ont le sens d'appartenance à une culture, une ethnie, une association, une équipe de sport, un club, un groupe de vie ou d'amis qui deviennent un cadre de référence. L'Africain est "un être qui vit avec". Certains parmi eux répondent généreusement à l'appel du Seigneur pour son service d'amour dans la vie consacrée ou sacerdotale. En savoir davantage?

Dans le contexte actuel de l’Eglise et du monde, trois défis découlent de cette recommandation toujours actuelle de saint Eugène de Mazenod, le fondateur des OMI: "Recevez donc tous ceux que le bon Dieu nous envoie. Cela ne veut pas dire que vous les receviez sans examen. Au contraire appliquez-vous à bien discerner les motifs qui les amènent, à peser leurs vertus et à juger de la suffisance de leur talent" (Lettre au père Vincens, 12 août 1847). Ce sont:

  1. le défi du DISCERNEMENT VOCATIONNEL,
  2. le défi de la CONNAISSANCE DE SOI ET DE L’AUTRE et
  3. le défi de l’EDUCATIN AUX VERTUS HUMAINES.

Chaque candidat devrait être capable de manifester un esprit de foi, un engagement d’amour et un esprit de la croix (vocation interne).

Trois autres défis majeurs de la formation à la vie consacrée ou sacerdotale méritent hautement notre attention. Naissant de ‘l’incontournabilité’ du phénomène NTIC ou mieux de la culture digitale qui envahit de plus en plus le monde, lesdits défis concernent la mission, la communion et la vie spirituelle (voir précieux détails: jeunes-vocations.catholique).

  1. DEFI POUR LA MISSION : le défi de l’évangélisation ou mieux le défi de la communication au service de l’Evangélisation ; le défi de l’éducation et de la formation.
  2. DEFI POUR LA COMMUNION : le défi de vivre ensemble ; le défi de la gouvernance et de la relation.
  3. DEFI POUR LA VIE SPIRITUELLE : le défi de la liberté et de l’enracinement spirituel.

Somme toute, le défi majeur est «celui de l’INCULTURATION et donc du discernement sur la manière d’user de ces nouveaux outils» de communication. Faut-il oui ou non les laisser à la disposition des jeunes en formation sans glisser dans la superficialité et l’hypocrisie ? Et comment former à la responsabilité ? Quelles préoccupantes questions pour l’Eglise et tant de familles religieuses soucieuses de leur avenir charismatique !

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