Le rôle de l’Eglise catholique de N’Djamena  dans l’accompagnement  et l’observance thérapeutique des personnes vivant avec le VIH/SIDA

(Mirabeau DIATANG, omi)

Tableau thème mémoire Mirabeau Diatang

Le Frère Mirabeau DIATANG, Oblat de Marie Immaculée, étudiant à l’Institut de théologie et de pastorale pour les religieux, ITPR en sigle, a soutenu son mémoire de fin de cycle ce mercredi 11 juin 2014, à Yaoundé. Avec sa permission, nous publions sur cette page la présentation de son travail ou mieux son exposé magistral.
Images: JP Habrigue & JB Musumbi

Présentation du travail

Mirabeau DiatangMonsieur le Président du jury,
Honorable membres du jury,
Distingués invités,
Chers camarades,

L’honneur nous échoie cet après-midi, de prendre la parole devant vous, pour vous présenter le fruit de notre travail de fin de cycle à l’Institut de Théologie et de Pastorale pour les Religieux. Monsieur le Président du jury, honorables membres du jury, merci d’avoir accepté de donner de votre temps pour apprécier notre travail. Notre thème porte sur « le rôle de l’Eglise catholique de N’Djamena  dans l’accompagnement  et l’observance thérapeutique des personnes vivant avec le VIH/SIDA ».

Soutenance Mirabeau Diatang

En effet, l’apparition des antirétroviraux en 1996 a donné au monde un grand espoir d’éradication de la pandémie VIH/SIDA. Tous les efforts tant du côté des pouvoirs publics, des organismes non gouvernementaux que du côté des religieux étaient centrés sur l’approvisionnement des centres de prise en charge en antirétroviraux. Certes les antirétroviraux ont révolutionné l’histoire naturelle du VIH. Cependant, la relation entre le prescripteur et le patient, le patient et  son entourage  ainsi que les effets secondaires liés à ce traitement ont une grande influence sur la réussite ou non de ce traitement. Ceci se justifie par  les concepts d’observance et d’inobservance thérapeutique responsables des mutations virales et des résistances du virus au traitement.

Ceci étant, pour  venir à bout de l’inobservance thérapeutique qui est une menace et constitue une urgence pour la santé mondiale, l’OMS et ONUSIDA  ont adopté comme stratégie l’accompagnement.

Dans le monde, des leaders religieux catholiques se  mobilisent pour accompagner les malades du VIH/SIDA. Ceux du Tchad ne sont pas en reste car, chaque diocèse possède un centre de prise en charge. L’Archidiocèse de N’Djamena qui était le premier à prendre l’initiative a un centre de référence appelé Centre Diocésain d’Information et d’Accompagnement des Malades (CEDIAM).   En nous inspirant de notre expérience professionnelle dans ce centre, nous nous sommes demandé quelle serait la contribution du CEDIAM dans l’accompagnement des malades sous antirétroviraux (ARV)  pour une bonne observance thérapeutique? En quoi consisterait l’observance thérapeutique ? Quelles stratégies pourrait-on proposer pour rendre cette action de l’Eglise plus efficace ? Voilà quelques interrogations qui nous ont permis d’élaborer notre travail.

Jury Mirabeau Diatang

Nous avons bâti notre travail autour de trois chapitres :

Le premier chapitre porte sur le rôle  du Centre Diocésain d’Information et d’Accompagnement des Malades (CEDIAM). Nous avons traité ce chapitre en deux points. Premièrement le contexte et le fonctionnement du CEDIAM. Le centre diocésain d’information et d’accompagnement des malades (CEDIAM) est une structure d’Eglise qui naît dans un contexte particulier. Face à cette  pandémie du SIDA qui continue son expansion dans cette partie du monde et particulièrement en ce qui concerne la ville de N’Djamena, l’Eglise, forte de ses convictions de promouvoir tout l’homme, s’est dotée de cette structure pour apporter sa contribution. Il est sous la responsabilité d’un directeur administratif et financier qui travaille avec un conseil d’orientation. Son action n’est pas isolée car il collabore avec d’autres structures du secteur public et privé.

En second lieu, nous avons abordé l’accompagnement. Ici nous avons parlé de

L’accompagnement médical au CEDIAM

L’accompagnement médical comprend la prise en charge des malades pour le traitement des infections opportunistes et le suivi médical des patients sous traitement antirétroviral.

Depuis l’année 2000, date du début de la prise en charge médicale par le CEDIAM, il a toujours été question d’offrir aux malades un accueil chaleureux. En effet, le suivi du patient, la confiance de celui-ci vis-à-vis du centre, dépendent en grande partie de l’accueil qui lui est réservé. Celui-ci prend en compte l’angoisse des patients et de leurs proches notamment lors des premiers contacts. En disposant de son temps pour le patient à travers une écoute sans préjugé, et en lui manifestant un amour fraternel, le personnel du CEDIAM matérialise la devise du centre qui est « A l’image du bon samaritain, va et toi aussi, fais de même[1] ».

L’accompagnement psychosocial

Il est à remarquer qu’à l’ère du SIDA, à l’instar du cancer, les concepts comme «accompagnement», «prise en charge» sont chargés de sens et de résonances affectives. Ainsi, les professionnels de santé, les assistants sociaux et toutes les instances traditionnellement chargées de prendre soin de la personne malade, ou exposée au risque de la maladie, se trouvent obligés d’acquérir, de développer et de manifester de nouvelles aptitudes et attitudes. L’accompagnement du malade et de sa famille, en établissement de soins ou à domicile, fait partie intégrante des actions du CEDIAM. L’accompagnement implique la capacité à être présent auprès de ces personnes, à répondre autant que possible à leurs questions et à leurs attentes. En un mot, l’accompagnement psychosocial des personnes atteintes du VIH/SIDA vise à répondre à une situation d’angoisse existentielle et de détresse sociale.

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L’accompagnement socio-économique

La vie des personnes vivant avec le VIH/SIDA est parfois précaire. En effet, ces populations sont fragilisées, les ménages ruinés, en entreprises elles sont en proie à l’absentéisme. Les familles sont ruinées aussi par les frais de santé et des obsèques. Des secteurs de la société sont dépouillés des forces vives. Les patients qui arrivent au CEDIAM ne sont pas épargnés. Ainsi, dans le but de permettre au patient de se réaliser,  le CEDIAM,  grâce au Fonds Mondial (à travers le FOSAP), à l’UNICEF, au PAM et au Ministère de l’action sociale, a pris en charge les frais de scolarité et apporté l’aide alimentaire à plus de 501 orphelins, enfants, et adolescents vulnérables (OEAV) au VIH. Il a été également accordé des prêts dits « crédits – épargnes » aux parents ou tuteurs des orphelins, enfants et adolescents vulnérables au VIH/SIDA pour que ceux-ci puissent démarrer une activité génératrice de revenus (AGR). Ces activités permettent aux parents ou tuteurs des OEAV de rompre avec l’isolement,  de rester actifs au sein de leur communauté et d’apporter un soutien financier à leur famille. L’accomplissement de ces activités permet aux patients bénéficiaires de s’épanouir et de retrouver leur dignité d’homme et de femme dans la société.

Professeurs ITPR Yaoundé

Notre deuxième chapitre traite de l’observance thérapeutique et  facteurs de la non-observance.  Nous avons parlé du traitement antirétroviral qui a pour objectif principal d’empêcher la progression du statut VIH vers le sida en restaurant un nombre de lymphocytes CD4 supérieur à 500/mm3  de sang. Ce qui permet la meilleure restauration immunitaire et limite au maximum le risque de sélection de virus résistants.

Par la suite, nous avons abordé l’observance qui est «la concordance entre le comportement d’une personne et les recommandations d’un soignant[2]». Pour une bonne observance, la prescription doit d’abord avoir un sens pour le malade. « Il faut que le patient sache pour quel problème de santé ou pour éviter quelles complications il prend le produit » ;

Le praticien doit ensuite donner au patient des instructions claires sur la manière de prendre le médicament ;

Et pour finir, il faut que le patient puisse évaluer l’efficacité du médicament entre les visites médicales.

Comme facteurs d’inobservance thérapeutique, nous notons :

Primo, les facteurs liés aux malades (l’analphabétisme, l’alcoolisme, certaines pratiques religieuses, le travail…).  

Secundo, les facteurs liés au traitement et aux acteurs de la santé (les relations soignant-soigné, les effets secondaires, la complexité de la posologie…)

Couverture mémoire Mirabeau DiatangEt tertio, les facteurs liés à l’entourage (la stigmatisation et la discrimination).

Enfin notre troisième chapitre aborde l’approche et perspectives d’accompagnement des malades sous antirétroviraux. Nous nous sommes intéressés de la praxis de Jésus  qui passait partout en faisant le bien. Pour ce faire, nous avons illustré cette praxis à travers le texte de Mc 1, 40-44 qui dépeint la guérison d’un lépreux. D’où ce texte de la guérison du lépreux nous a permis de mettre en évidence une trilogie d’accompagnement à savoir: l’accueil, l’écoute et la solidarité indéfectible envers le patient.

Fort de l’enrichissement dont nous avons bénéficié de ce travail, cela nous a permis de suggérer en guise de perspectives la lutte contre la stigmatisation et la discrimination.  En plus, partant du texte de Lc 10, 29-37 qui présente la parabole du Bon Samaritain,  nous avons proposé un comportement chrétien face au PVVIH. Par la suite, nous avons suggéré la valorisation les structures favorisant l’observance thérapeutique  à savoir : la CEV, l’Association PVVIH et comité d’éducation thérapeutique.

Joies, difficultés et souhaits

Ce travail nous a donné la joie de prendre part au monde de la recherche scientifique et de réfléchir sur un thème qui touche la dignité de l’homme. Comme difficultés, il y a eu d’une part le manque de statistiques sur le degré  d’observance au Tchad. D’autre part,  la distance de notre centre d’étude qui se trouve à N’Djamena.

Nous souhaitons continuer cette réflexion sur le rôle de l’Eglise dans l’accompagnement des personnes vivant avec le VIH/SIDA.

Nous saisissons cet espace de parole qui nous est accordé pour dire notre profonde gratitude à :

Mirabeau Diatang et Professeurs ITPR

Monsieur le Président du jury,
Honorables membres du jury,

Nous nous tournons vers vous, reconnaissant nos limites personnelles et nous disposant à votre appréciation. Avec humilité et honnêteté intellectuelle, nous vous prions de bien vouloir considérer nos efforts tout en étant compréhensif sur les insuffisances que vous pourrez éventuellement constater sur la forme et/ou sur le fond de notre travail. Toutefois, nous nous disposons à accueillir avec bien vaillance vos remarques et suggestions qui certainement nous aiderons à enrichir ce travail.

Nous vous remercions pour votre aimable attention.


Notes:

[1] Lc 10, 37.

[2] Emmanuel Y. NFOR, Stratégie d’amélioration de l’observance du traitement VIH/SIDA, de la tuberculose et du paludisme, Dakar, mars 2006, p.4.

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